Économie

L’hypocrisie qui sous-tend l’opposition à la dette du FMI

Par Dr. Alioune Khoulé NY

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La question de la dette sénégalaise est devenue un sujet majeur de débat économique et politique. Pourtant, derrière certaines prises de position contre le recours au Fonds monétaire international (FMI), il existe une contradiction qu’il convient de mettre en lumière : peut-on dénoncer l’endettement tout en refusant les mécanismes qui peuvent justement permettre de restructurer une dette devenue trop coûteuse ?

En 2025-2026, les obligations sénégalaises ont fortement reculé sur les marchés, tandis que les agences de notation ont dégradé la signature du pays. Cette situation a mécaniquement fait baisser la valeur de certains titres de dette sénégalaise et ouvert la porte à des investisseurs spécialisés dans les dettes dites « en difficulté ».

Les Eurobonds représentent plusieurs milliards de dollars de dette commerciale internationale du Sénégal. Ils sont détenus par des investisseurs privés internationaux : fonds d’investissement, gestionnaires d’actifs, banques et autres investisseurs institutionnels.

Quand la dette devient une opportunité pour certains investisseurs

Pour comprendre les enjeux, prenons un exemple simple.

Un fonds spécialisé peut acheter pour 50 millions de dollars des obligations sénégalaises dont la valeur nominale est de 100 millions de dollars.

Si, par la suite, le Sénégal restructure sa dette et propose, par exemple, un remboursement de 60 millions de dollars, le fonds peut accepter l’opération et réaliser une plus-value.

Mais certains investisseurs spécialisés dans les dettes en difficulté peuvent choisir une autre stratégie : refuser une restructuration et exiger le remboursement intégral prévu par les contrats, en utilisant, lorsque cela est juridiquement possible, les mécanismes de recours prévus par le droit applicable.

C’est ce type de comportement qui peut, dans certains cas, rapprocher certains créanciers de la logique des fonds dits « vautours » ou des créanciers « holdout ».

La restructuration : un mal nécessaire ?

C’est précisément dans ce contexte que la perspective d’un nouvel accord avec le FMI prend toute son importance.

L’objectif affiché du programme est de contribuer au rétablissement de la soutenabilité de la dette sénégalaise. La restructuration ne signifie pas nécessairement l’annulation de la dette.

Elle peut consister à allonger les maturités, réduire le coût du financement, rééchelonner certains remboursements ou adapter les conditions de paiement afin de donner à l’État davantage de marge de manœuvre budgétaire.

Autrement dit, restructurer peut être douloureux, mais cela peut aussi permettre d’éviter une situation beaucoup plus grave : un défaut désordonné et une perte durable de confiance des marchés.

Pourquoi continuer à emprunter sur les Eurobonds serait risqué

Le véritable problème réside dans le coût du financement.

Lorsque la confiance des investisseurs se dégrade, le Sénégal doit offrir des rendements beaucoup plus élevés pour convaincre les marchés de lui prêter de l’argent.

Le mécanisme devient alors dangereux :

nouvel emprunt → intérêts élevés → pression sur le budget → nouveau déficit → nouvel emprunt → nouveaux intérêts.

C’est ainsi qu’une dette peut progressivement se transformer en véritable spirale financière.

Continuer à recourir massivement aux Eurobonds uniquement pour rembourser d’anciennes échéances pourrait donc repousser le problème sans le résoudre.

Les bénéfices potentiels d’une restructuration

Une restructuration bien négociée peut offrir plusieurs avantages :

  1. Réduire la pression sur le budget

L’État peut étaler ses remboursements et dégager des marges pour financer les secteurs prioritaires : santé, éducation, infrastructures, sécurité et investissement.

  1. Éviter un défaut désordonné

Une négociation organisée avec les créanciers est généralement préférable à une rupture brutale de paiement.

  1. Réduire le coût de la dette

Des maturités plus longues et des conditions financières plus favorables peuvent diminuer sensiblement le poids annuel du service de la dette.

  1. Restaurer progressivement la confiance

Un programme crédible, accompagné d’une meilleure transparence budgétaire et financière, peut permettre au Sénégal de retrouver progressivement la confiance des investisseurs.

  1. Bénéficier de l’accompagnement du FMI

L’appui du FMI peut contribuer à encadrer les réformes et à restaurer progressivement la soutenabilité des finances publiques.

La vraie question n’est donc pas : « FMI ou pas FMI ? »

La vraie question est plutôt :

Comment sortir durablement d’une situation d’endettement devenue trop coûteuse sans sacrifier les générations futures ?

Refuser toute restructuration au nom de la souveraineté financière tout en continuant à emprunter sur des marchés devenus extrêmement coûteux serait une contradiction.

Le Sénégal doit surtout éviter de tomber dans une logique où l’on emprunte cher pour rembourser une dette ancienne, avant de devoir emprunter encore plus cher quelques années plus tard.

La restructuration, si elle est négociée dans l’intérêt du Sénégal, transparente et accompagnée de réformes sérieuses, ne doit donc pas être présentée comme une capitulation.

Elle peut au contraire constituer une étape difficile mais nécessaire pour remettre les finances publiques sur des bases plus soutenables.

Le véritable enjeu n’est pas de savoir qui prête au Sénégal. Il est de savoir à quel prix, pour financer quoi, avec quelles garanties et surtout avec quelle capacité réelle de remboursement.

Dr. Alioune Khoulé NY
Pour DakarNewsLive

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