sociétéUrgence Par A , Boubacar Sy

SÉNÉGAL : PLAN D’URGENCE POUR L’EMPLOI DES JEUNES

« 100 000 jeunes, 100 000 opportunités » : passer de l’urgence sociale à l’insertion professionnelle

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L’urgence est là

Le Sénégal ne peut plus considérer le chômage des jeunes comme une simple question économique. C’est désormais une question nationale qui touche à la dignité, au pouvoir d’achat des familles, à la cohésion sociale et à l’avenir du pays.

Les derniers chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie sont révélateurs : au premier trimestre 2026, le chômage élargi atteint 22,9 %. Chez les jeunes de 15 à 34 ans, il s’élève à 28,4 %, contre 16,8 % chez les adultes. Le phénomène est encore plus marqué dans les zones rurales, où le chômage atteint 32 %.

Il faut donc une réponse à deux vitesses :

agir immédiatement pour donner une activité et un revenu aux jeunes sans emploi, tout en construisant les emplois durables de demain.

C’est dans cet esprit que nous proposons la création d’un :

PLAN NATIONAL D’URGENCE POUR L’EMPLOI DES JEUNES — PNEJ

Objectif : 100 000 opportunités d’activité en 12 mois

Le chiffre de 100 000 est ici un objectif politique et opérationnel proposé, qui devra être ajusté après étude budgétaire et territoriale.

Le principe est simple :

«Un jeune sans emploi ne doit pas rester plusieurs années sans activité, sans formation et sans perspective.»


  1. 100 000 contrats d’activité de 6 mois

L’État, les collectivités territoriales, les établissements publics et les entreprises partenaires pourraient proposer 100 000 contrats temporaires de six mois.

Les jeunes seraient affectés à des activités utiles à la collectivité :

  • assainissement ;
  • nettoyage et entretien des quartiers ;
  • reboisement ;
  • entretien des écoles ;
  • entretien des postes de santé ;
  • rénovation des équipements publics ;
  • entretien des routes et pistes rurales ;
  • lutte contre les inondations ;
  • entretien des espaces verts ;
  • numérisation des archives ;
  • activités sportives et culturelles ;
  • soutien aux services municipaux.

Rémunération indicative

Pour établir un scénario simple, prenons une allocation mensuelle moyenne de 100 000 FCFA.

100 000 jeunes × 100 000 FCFA × 6 mois :

= 60 milliards FCFA

Ce montant est une simulation de coût salarial, hors formation, administration, équipement et protection sociale.

L’objectif n’est donc pas de distribuer de l’argent.

L’objectif est de payer un jeune pour un travail réellement effectué.


  1. Chaque emploi temporaire doit produire une compétence

Le contrat de six mois ne doit jamais être une impasse.

Chaque jeune devrait consacrer une partie de son temps à une formation pratique.

Exemples :

BTP → maçonnerie, plomberie, électricité

Agriculture → irrigation, mécanisation, transformation

Numérique → informatique, graphisme, programmation

Énergie → installation solaire et maintenance

Transport → mécanique et logistique

Artisanat → couture, menuiserie, soudure, réparation

Commerce → gestion, comptabilité, marketing numérique

À la fin du programme, le jeune doit avoir :

un revenu + une expérience + une compétence + une attestation professionnelle.


  1. 20 000 jeunes dans l’agriculture et l’agro-industrie

Le Sénégal ne peut pas résoudre son problème d’emploi uniquement dans les grandes villes.

Une partie du programme doit être consacrée aux zones rurales.

Objectif proposé :

20 000 jeunes dans des projets agricoles et agro-industriels.

Mais il faut changer de modèle.

Il ne s’agit pas simplement de donner des terres.

Il faut créer une chaîne complète :

production → transformation → conditionnement → commercialisation.

Un groupe de jeunes peut ainsi travailler dans la production de céréales, tandis qu’un autre s’occupe de la transformation, de l’emballage, du transport et de la commercialisation.

L’emploi doit être créé autour de toute la chaîne de valeur.


  1. 10 000 jeunes dans le numérique

Le Sénégal possède une jeunesse connectée.

Pourquoi ne pas transformer cette connexion en emplois ?

Un programme spécial pourrait former et insérer 10 000 jeunes dans :

  • développement informatique ;
  • maintenance informatique ;
  • graphisme ;
  • montage vidéo ;
  • commerce électronique ;
  • assistance virtuelle ;
  • centres de contact ;
  • traduction ;
  • gestion des réseaux sociaux ;
  • numérisation des documents ;
  • services administratifs numériques.

L’objectif serait également de développer le travail à distance, permettant à certains jeunes de vendre leurs compétences à des entreprises sénégalaises ou étrangères.


  1. 10 000 jeunes dans les métiers verts

Le changement climatique et les besoins environnementaux représentent également une opportunité.

Créons des emplois dans :

  • le reboisement ;
  • la gestion des déchets ;
  • le recyclage ;
  • le nettoyage des plages ;
  • l’entretien des espaces verts ;
  • l’énergie solaire ;
  • l’économie circulaire ;
  • l’assainissement.

Un jeune peut ainsi être rémunéré pour protéger son environnement tout en acquérant un métier.


  1. Un programme spécial pour les communes

Chaque commune devrait établir un Plan local d’emploi des jeunes.

La commune identifie ses besoins.

Par exemple :

Médina : entretien, assainissement, commerce, numérique, sport, culture.

Commune rurale : agriculture, élevage, hydraulique, pistes rurales.

Ville côtière : pêche, tourisme, environnement, économie maritime.

L’argent public doit donc être associé à des projets précis et vérifiables.


  1. Priorité aux jeunes les plus éloignés de l’emploi

Le programme doit éviter de bénéficier uniquement aux diplômés.

Il doit réserver des quotas aux :

  • jeunes sans qualification ;
  • jeunes sans expérience ;
  • jeunes des zones rurales ;
  • jeunes femmes ;
  • jeunes en situation de handicap ;
  • jeunes issus des quartiers défavorisés.

L’égalité d’accès doit être une obligation.


  1. Une plateforme nationale : « Emploi Jeunes Sénégal »

Chaque jeune candidat disposerait d’un profil numérique gratuit.

Il pourrait renseigner :

formation — compétences — expérience — commune — disponibilité — métier recherché.

Les entreprises, collectivités et projets publics pourraient consulter les profils.

La plateforme permettrait également de lutter contre une pratique particulièrement dangereuse :

le recrutement politique ou par favoritisme.

Chaque recrutement devrait laisser une trace numérique et être contrôlable.


  1. Un contrat : « 6 mois pour travailler, 6 mois pour rebondir »

Le programme doit avoir une philosophie claire.

Le contrat temporaire n’est pas destiné à devenir une carrière publique.

Pendant six mois, le jeune travaille.

Pendant ces six mois, il se forme.

À la fin :

Option 1 : l’entreprise l’embauche.

Option 2 : il crée son activité.

Option 3 : il poursuit une formation qualifiante.

Option 4 : il intègre un autre dispositif d’insertion.

L’objectif est de créer un véritable parcours vers l’emploi durable.


  1. Un fonds national dédié à l’emploi des jeunes

Il faut éviter de multiplier les petits programmes sans coordination.

Nous proposons la création d’un :

Fonds national d’urgence pour l’emploi des jeunes

Ce fonds pourrait être alimenté par :

  • une partie des crédits budgétaires consacrés à l’emploi et à la formation ;
  • les financements des partenaires au développement ;
  • les contributions des entreprises dans le cadre de programmes d’insertion ;
  • les financements destinés aux collectivités ;
  • les mécanismes de financement innovants autorisés par la loi.

Le financement doit être traçable et auditable.


  1. Un principe essentiel : aucun emploi fictif

Le succès du programme dépendra de sa crédibilité.

Chaque jeune recruté doit avoir :

un contrat, une mission, un lieu d’affectation, un responsable, une durée et une rémunération clairement définis.

Les paiements devraient autant que possible être effectués directement sur un compte bancaire ou un portefeuille numérique.

Chaque trimestre, les résultats doivent être publiés.


  1. Un tableau de bord public

Le gouvernement devrait publier chaque trimestre :

Indicateur| Objectif annuel proposé
Jeunes recrutés| 100 000
Jeunes formés| 100 000
Jeunes insérés durablement| À mesurer
Entreprises partenaires| À définir
Jeunes ruraux| Quota spécifique
Jeunes femmes| Quota spécifique
Communes couvertes| 100 % progressivement
Taux d’abandon| < objectif à fixer
Coût moyen par insertion| Publié

Ce qui n’est pas mesuré ne peut pas être correctement piloté.


  1. Le coût : investir dans la jeunesse plutôt que payer le coût du chômage

Dans notre scénario indicatif, les 100 000 contrats à 100 000 FCFA pendant six mois représenteraient 60 milliards FCFA de rémunérations.

Mais le véritable débat doit porter sur le coût global du dispositif et sur son rendement économique.

Un jeune qui travaille consomme davantage.

Il aide sa famille.

Il paie des services.

Il peut investir.

Il peut créer une activité.

Il peut acquérir une compétence.

Autrement dit :

une politique d’emploi est aussi une politique de croissance.

Le chiffrage définitif devrait naturellement être réalisé à partir des crédits disponibles, de la loi de finances et des capacités réelles de l’État. Le ministère des Finances met à disposition les documents budgétaires officiels, notamment la Loi de finances initiale 2026 et les documents de programmation pluriannuelle.


  1. Le calendrier : agir en 90 jours

Jours 1 à 30

Recensement des besoins des communes et entreprises.

Création de la plateforme nationale.

Identification des financements.

Sélection des premiers secteurs.

Jours 31 à 60

Inscription des jeunes.

Sélection transparente.

Formation initiale.

Signature des premiers contrats.

Jours 61 à 90

Déploiement des premières équipes.

Premiers chantiers.

Premiers paiements.

Publication des premiers résultats.

Au bout de 90 jours, le pays doit pouvoir montrer des résultats concrets.


  1. Le vrai objectif : passer de l’emploi temporaire à l’emploi durable

Il faut être honnête avec la jeunesse.

Un contrat de six mois ne résoudra pas à lui seul le chômage structurel.

Il constitue seulement un pont.

La solution durable passera par :

l’industrialisation, l’investissement privé, l’agriculture moderne, l’agro-industrie, le numérique, le tourisme, la pêche, les énergies renouvelables, les infrastructures et le développement des PME.

Le Sénégal doit donc avoir deux politiques simultanées :

POLITIQUE N°1 : URGENCE

Donner immédiatement une activité aux jeunes.

POLITIQUE N°2 : TRANSFORMATION

Créer les entreprises et les secteurs capables de les employer durablement.


CONCLUSION

Le chômage des jeunes n’est pas une fatalité.

Mais il ne disparaîtra pas avec des slogans.

Il faut des objectifs.

Des financements.

Des contrats.

Des formations.

Des entreprises.

Et surtout des résultats mesurables.

Le Sénégal possède une jeunesse nombreuse, ambitieuse et créative.

La question n’est donc pas de savoir si cette jeunesse représente une charge.

La question est de savoir comment transformer cette jeunesse en première force économique du pays.

Notre proposition est simple :

100 000 jeunes.

100 000 opportunités.

6 mois pour travailler.

6 mois pour se former.

Une passerelle vers l’emploi durable.

Parce qu’un jeune qui travaille aujourd’hui est un jeune qui prépare l’économie de demain.

Le Sénégal n’a pas besoin d’une jeunesse que l’on assiste.

Il a besoin d’une jeunesse à laquelle on donne les moyens de travailler, de créer et de construire

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